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Katinka Lampe

INSTADENTITY

(EN)


À travers mes peintures je veux surtout montrer le théâtre qui se joue. (...)┌


Texte: Galerie des Filles du Calvaire pour l’exposition Instadentity présentée du 18 mai au 15 juin 2019.
All images are Courtesy Galerie Les filles du calvaire

Katinka Lampe peint des portraits de jeunes adultes. Si la ressemblance peut sembler évidente, elle n’est pourtant pas importante. Chaque peinture relève d’avantage d’une tentative de nier l’art du portrait. Le modèle représente ainsi un enjeu plus qu’une personnalité. Elle s’en éloigne et parent ses modèles d’accessoires et de masques, et l’on comprend alors que la pratique du portrait est le prétexte d’une imagerie féconde, plus qu’un genre dont il faut suivre les codes. A partir d’une idée, d’une impression visuelle de beauté et d’étrangeté, elle touche à un autre réel.

Instadentity reprend en peinture l’ambiguïté narcissique encouragée par les réseaux sociaux et dont les adolescents sont les premières victimes, les premiers joueurs aussi. Attendre la confirmation des autres, s’engager dans une permanente compétition : les modèles de Katinka Lampe posent la question du lien virtuel, qui aspire au réel. Le constat n’est ni critique, ni négatif, il est d’abord un travail de création. Comment accueillir l’image de l’autre et construire la sienne ? Elle propose finalement au spectateur les mêmes jeux que sur Instagram : des identités construites et déguisées desquelles résulte un flou dans la reconnaissance réciproque du soi et de l’autre. Derrière l’expression d’identité virtuelle il est aussi question d’identité potentielle. En soignant l’image et les artifices de ses modèles, l’artiste augmente les possibles et joue sur la réalité multiple de la personnalité. Le désir de transformation, cristallisé par les réseaux sociaux, projette l’identité vers le futur comme un devenir souhaité, toujours plus beau.
« A travers mes peintures je veux surtout montrer le théâtre qui se joue. Dans la perception du modèle par le spectateur, je rends cette frontière entre espace fictionnel et réalité toujours plus mince. Le « moi » est mis en scène dans un monde virtuel qui systématise la beauté, l’attrayant et le sexy. Les individus développent l’idée qu’il se font d’eux-mêmes en créant une impression qu’ils souhaitent donner aux autres. »

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